"Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde sémera
le rubis, la perle et le saphir, afin qu'à mon désir
tu ne sois jamais sourde ! N'es-tu pas l'oasis
où je rêve et la gourde où je hume à longs traits
le vin du souvenir ?"
"La chevelure"

C.Baudelaire (Fleurs du Mal)

"Voilà donc le bonheur ! Il remplit la capacité d'une petite
cueillère ! Le bonheur avec toutes ses ivresses, toutes ses folies,
tous ses enfantillages ! Vous pouvez avaler sans crainte,
on n'en meurt pas."

Ch. Baudelaire "les paradis artificiels"

"Dans sa création le poëte tressaille;
Il est elle; elle est lui; quand dans l'ombre, il travaille,
Il pleure, et s'arrachant les entrailles, les met
Dans son drame, et, sculpteur, seul sur son noir sommet
Pétrit sa propre chair dans l'argile sacrée... "

V.HUGO

« L’obéissance aveugle à une passion, qu’elle soit généreuse et pitoyable ou hostile, cela importe peu, c’est toujours la cause des plus grandes calamités.
La grandeur du caractère ne consiste pas à ne point avoir ces passions, - Il faut au contraire les posséder au plus haut degré : mais les tenir en laisse … et, cela encore, sans que cette contrainte occasionne une joie particulière, mais simplement… »
« L’obéissance aveugle à une passion, qu’elle soit généreuse et pitoyable ou hostile, cela importe peu, c’est toujours la cause des plus grandes calamités.
La grandeur du caractère ne consiste pas à ne point avoir ces passions, - Il faut au contraire les posséder au plus haut degré : mais les tenir en laisse … et, cela encore, sans que cette contrainte occasionne une joie particulière, mais simplement… »
F. Nietzsche


F. Nietzsche

"... Elle ouvre la porte. Eteint la lumière. Elle reste sans bouger, dans l'encadrement présentée, offerte... les cheveux noirs coulants, déployés autour de sa tête, sur les épaules découvertes dans la robe à grands ramages qui glisse le long de son corps, pelure de tissu soyeux presque de la couleur de sa peau bronze. Elle est belle... Elle attend. C'est un tel abandon, une telle offrande de sa présence que cela me trouble, me semble étrange, insensé, fascinant et pur comme la première approche du couple au seuil des noces. Je la porte, je l'encercle de mon regard... A la vue de cette femme, quelque chose de moi se déchire..."
Extrait de « Septentrion »


Louis Calaferte (Ed. FOLIO)

"Oui, je suis le rêveur; je suis le camarade
Des petites fleurs d'or du mur qui se dégrade,
Et l'interlocuteur des arbres et du vent...."

V.Hugo

" Les herbes et les branchages,
Pleins de soupirs et d'abois,
Font de charmants rabâchages
Dans la profondeur des bois. "

V.HUGO

"Isolés dans l'amour, ainsi qu'en un bois noir,
Nos deux coeurs exhalant leur tendresse paisible,
seront deux rossignols qui chantent dans le soir."
"N'est-ce pas..."

P.Verlaine (La bonne chanson)

« Et quelle secousse elle avait sentie en son coeur en entendant ce frêle gémissement d'enfant, ce miaulement, ce premier effort d'une voix d'homme! Et le lendemain! Le lendemain! Le seul jour de sa vie où elle eût vu et embrassé son fils, car jamais, depuis, elle ne l'avait seulement aperçu! Et, depuis lors, quelle longue existence vide où flottait toujours, toujours, la pensée de cet enfant. Elle ne l'avait pas revu, pas une seule fois, ce petit être sorti d'elle, son fils! On l'avait pris, emporté, caché. Elle savait seulement qu'il avait été élevé par des paysans normands, qu'il était devenu lui-même un paysan, et qu'il était marié, bien marié et bien doté par son père, dont il ignorait le nom. Songez que je suis tout près de la mort. Et je ne l'aurais pas revu!... pas revu, est-ce possible? Comment ai-je pu attendre si longtemps? J'ai pensé à lui toute ma vie. Quelle affreuse existence cela m'a fait. Je ne me suis pas réveillée une fois, pas une fois, entendez-vous, sans que ma première pensée n'ait été pour lui, pour mon enfant. Comment est-il ? Oh! Comme je me sens coupable vis-à-vis de lui! Doit-on craindre le monde en ce cas-là? J'aurais dû tout quitter, et le suivre, l'élever, l'aimer. J'aurais été plus heureuse, certes. Je n'ai pas osé. J'ai été lâche. Comme j'ai souffert! Oh! Ces pauvres êtres abandonnés, comme ils doivent haïr leurs mères! »
L'abandonné


Guy De Maupassant

"...Que me font mes amis, le passé, le génie,
Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie,
Imiter le Chinois au coeur limpide et fin
De qui l'extase pure est de peindre la fin
Sur ses tasses de neige à la lune ravie
D'une bizarre fleur qui parfume sa vie
Transparente, la fleur qu'il a sentie, enfant,
Au filigrane bleu de l'âme se greffant...."
"Las de l'amer repos"

S. Mallarmé

"Quand, aux jours où la terre entr'ouvrait sa corolle,
Le premier homme dit la première parole,
Le mot né de sa lèvre, et que tout entendit,
Rencontra dans les cieux la lumière, et lui dit:
-Ma soeur! ... "

V.HUGO

"Toute la nature sombre
Verse un mystérieux jour;
L'âme qui rêve a plus d'ombre
Et la fleur a plus d'amour. ...

V.HUGO

"Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches,
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux, l'humble présent soit doux."
"Aquarelle, Green"

P.Verlaine (Romances sans paroles)

« Comme moi, cette cruche un jour fut amant,
Esclave des cheveux de quelque être charmant.
Et l’anse que tu vois à son col attachée
Fut un bras qui serrait un beau cou tendrement. »
Omar Khayyam

« Au palais où régnait Bahram, le grand monarque,
Le lion se prélasse et la gazelle parque.
Bahram prenait l’onagre au moyen d’un lacet ;
Voici donc comme il fut pris lui-même dans la parque ! »
Rubaâyat al-khayam

« Vois l’herbe dont le bord du ruisseau s’agrémente :
On dirait le duvet d’une lèvre charmante.
Ne pose pas tes pieds sur l’herbe avec dédain,
Par là le sol était un visage d’amante. »
Rubaâyat al-khayam



Rubaâyat al-khayam, traduit par M. Mohamed Aslim

"Au commencement était le Sexe.
Sauveur. Chargé d'immortalité. Il y a la bête. Héroïque. Puissante. Et au delà de la bête il n'y a rien. Rien sinon Dieu lui-même. Magnifique et pesant. Avec son oeil de glace. Rond… Statique. Démesurément profond. Fixe jusqu'à l'hypnose. Tragique regard d'oiseau. Allumé et cruel. Impénétrable de détachement. Rivé sur l'infini où tout arrive.
Le monde s'ouvre comme un énorme utérus en feu. Le monde est femelle, comme l'est la Création. Et putain, impudique comme l'est la femelle. Père. Fils. Esprit. Triangle sacré du pubis. Le sexe -roi. C'est partout la famine. Etreindre. Prendre. Jouir. Le monde est vautré, nu, offert à la fornication dans sa splendeur maligne et dans sa purulence, tous ses abcès ouverts. Sous les yeux même de l'innocence qui cherche.
Dans ce néant placide, la principale préoccupation est de mettre le cap chaque jour sur un point, précis ou non, connu ou non, sans qu'il soit même question d'aborder quelque part. Et louons le Seigneur qui nous porte en son sein comme une écharde vénéneuse! Nul ne peut dire encore quel est l'enjeu final, ni ce que nous trouverons en bout de course. Le bûcher déjà flambant, la rémission des péchés et le repos du grand pardon ou, octroyée en récompense à titre privé, une jeune et solide putain au con prestigieux, sélectionnée entre toutes pour sa bonne humeur et son savoir-faire.
Allons, toujours! Soyons confiants! La fourmilière est en effervescence. Torpeur funèbre. Torpeur rouge de la foule qui va droit devant elle à l'aveuglette, les yeux bouffis de sang, vivant sous un soleil usé un âge déjà mort pétrifié dans le temps. Roule. Roulements. Rouages. Relayez- vous. Au coude à coude. Armée du deuil. De l'expiation. Tenez-vous prêts au cri strident de la sirène massue enfilée droite comme un phallus de briques dans le plein ventre du ciel congestionné. Chaque minute compte pour une vie, comme vous savez. Sonneries-dynamites des réveils en transe. Explosent à la même heure sur le sommeil du monde abasourdi. Et le monde se dresse, chancelant sur ses jambes nues. Le monde urine en cadence. Il est sept heures. Ou la demie. Sept heures de quoi? La demie de quoi, au juste? Ce n'est pas la question. Ce n'est jamais la question. Nous sommes en retard de dix siècles, ou plus. Des tonnes d'eau s'évacuent par la tuyauterie avec la mousse savonneuse, s'écoulent par les déchets de crasse héréditaire et, par-ci par- là, un soupçon peut-être de révolte entrevue. Mais il faudrait le temps d'y réfléchir.
Ne songez présentement qu'à ramasser en hâte les habits de la veille qui traînent sur la chaise. Harnais de cuir clouté, mors et licol. Endossez vaillamment l'uniforme et boutonnez, sanglez, que l'extérieur au moins soit sans bavure. Et s'il advenait qu'une puce diabolique se soit glissée la veille au soir dans les doublures chaudes, prenez aussi la puce, il n'y a pas de raison. Il faut aller au bout des choses. L’éternité reconnaîtra les siens... "
Introduction "Septentrion"


Louis Calaferte (Edition FOLIO)

"Les mots heurtent le front comme l'eau le récif;
Ils fourmillent, ouvrant dans notre esprit pensif ...
Des griffes ou des mains, et quelques uns des ailes;
Comme en un âtre noir errent des étincelles..."

V.HUGO

"Ces beaux et grands navires imperceptiblement balancés
dandinent sur les eaux tranquilles, ces robustes navires
à l'air désoeuvré et nostalgique, ne nous disent-ils pas
dans une langue muette : quand partons-nous pour le bonheur ? "

Ch. Baudelaire (Fusées)


« Si noble et si chaste apparat
ma dame lorsqu'elle salue
que toute langue en tremblant devient muette
et que les yeux n'osent la regarder.

Elle va, s'entendant louer,
bénignement d'humilité vêtue,
et on dirait chose venue
du ciel sur terre pour miracle montrer.

Tant de plaisantes grâces elle offre à qui l'admire
qu'elle infuse au coeur, par les yeux, une douceur
que nul ne peut connaître s'il ne l'a goûtée.

De son visage semble s'envoler
qui va disant au coeur : soupire. »

Extrait « Vita Nova »


Dante Alighieri

" ... Un monde en agonie, qui ignore son agonie et se mystifie,
car il s'obstine à parer son crépuscule des teintes de l'aube de
l'âge d'or.
Le progrès matériel déjà agit comme brouillard et comme auxiliaire
du monstrueux bélier qui va ...
entreprendre la destruction des tours orgueilleuses de la civilisation
de l'Occident.

René Char

"Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée ... "

V.HUGO

"Le front aux vitres comme le font les veilleurs de chagrin,
J e te cherche par-delà l'attente,
Par-delà de moi même
Et je ne sais plus tant je t'aime
Lequel de nous deux est absent."

P.Eluard, l'amour de la poésie


 
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